jouer a la bagarre

Le jeu physique actif comme jouer à la bagarre, faire une bataille d’oreiller, sauter partout dans la maison est souvent marginalisé au profit de jeux plus calmes. On dit à nos enfants “Calmez-vous !”, on râle parce qu’ils font trop de bruit et puis on a peur…

  • Peur qu’ils tombent, qu’ils se fassent un bleu, une égratignure, peur qu’ils se fassent mal
  • peur que jouer à la bagarre encourage la violence et qu’ils aient un comportement agressif à la maternelle, à l’école, chez les copains
  • Peur que leurs prouesses physiques prennent le dessus sur leurs capacités intellectuelles et freinent leur réussite scolaire, avec la peur sous-jacente qu’ils ne fassent pas de bonnes études et n’arrivent pas à décrocher un bon job…

Pourtant le jeu physique est à l’opposé de tout ça…

Au delà de faire plaisir à vos enfants, au delà du fait qu’ils s’amusent, qu’ils entretiennent leur forme physique, jouer à la bagarre aide les enfants à développer leurs capacités cérébrales, à s’intégrer socialement, à canaliser leur énergie ou encore booster la confiance en soi.

Les aptitudes cérébrales des enfants boostées grâce à l’activité physique

Quand les enfants jouent à la bagarre, leur cerveau  s’active ! Et ce n’est pas juste une partie de leur cerveau qui s’anime, ce sont toutes les zones du cerveau.

C’est ce que montrent plusieurs études dont celles réalisées par l’équipe du Pr Charles Hillman dans son centre de recherche de l’Illinois. (http://kch.illinois.edu/Research/Labs/neurocognitive-kinesiology)

Voici le scanner d’un cerveau d’enfant au repos et après un exercice physique :

Scanner cerveau - source dr. charles h. hillman, universite illinois -urbana-champaign
Ce professeur a mené plusieurs études chez les enfants. Il leur a fait faire un test de connaissances sans activité physique préalable puis après activité physique et a pu constater que leurs résultats au test étaient bien meilleurs après avoir fait de l’exercice pendant 20 minutes. Leur capacité à se concentrer, à résoudre des problèmes a été boostée.

Le fait de faire de l’exercice libère une protéine appelée la “BDNF” ( Brain-derived Neurotrophic Factor) ou Facteur neurotrophique issu du cerveau.
Cette protéine agit sur certains neurones du système nerveux central et périphérique. Elle favorise la croissance et la différenciation de nouveaux neurones et des synapses. Les synapses ce sont les zones de contact, les connecteurs entre les neurones. Et dans le cerveau, elle est active dans l’hippocampe, dans le cortex, le prosencéphale basal. Ce sont des aires vitales pour l’apprentissage, la mémoire et d’autres fonctions cognitives. Le BDNF lui-même est important dans la mémoire à long terme ( source Wikipedia)

Jouer à la bagarre entretient la forme physique, favorise une meilleure motricité et développe l’intelligence émotionnelle

Jouer à la bagarre aide les enfants à développer la motricité, la coordination de leurs mouvements, à mieux contrôler leur corps . Les enfants apprennent également à canaliser leurs pulsions agressives dans le jeu, à exprimer leurs émotions par le contact physique. Et ils apprennent à lire les émotions des autres, à les décrypter à travers leurs gestes. L’intelligence émotionnelle désigne « l’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres » (Mayer & Salovey, 1997).

Ce sont des aptitudes qui les préparent à la vie sociale, à vivre avec les autres.

Et le truc génial, c’est que les enfants font parfaitement la distinction entre la bagarre un peu “rude” dans le jeu et la bagarre dans la vraie vie. D’ailleurs, jouer à la bagarre, faire semblant de se battre, est quelque chose d’instinctif, l’espèce humaine ne l’a pas inventé…

lionceaux-jouent-bagarre
Dans le monde animal, les mammifères, comme les bébés lions par exemple, chahutent entre eux et jouent à se mordre, à se bagarrer. Ils se donnent des coups de patte pour jouer, modèrent leur force. C’est une façon de jouer et de renforcer leur complicité.

Jouer à la bagarre favorise les relations sociales des enfants

C’est particulièrement vrai pour les enfants qui ne sont pas dans la communication verbale. Quand un garçon par exemple saute sur un autre en jouant, quand il prend une épée et se bat avec lui, c’est sa façon à lui d’établir une relation et de dire : on se bagarre parce qu’on est copains !

Et puis lorsqu’ils jouent à la bagarre, les enfants définissent souvent eux-même les règles : il s’attribuent les rôles, qui est le méchant et le gentil et à quel moment ils doivent endosser chaque rôle. Ils organisent le jeu et discutent autour des règles, ils entrent en négociation. C’est une excellente préparation à leur future vie sociale d’adultes.

Fixer les règles du jeu et donner les consignes

Pour que le jeu actif et physique se passe bien, pour que la bagarre reste un jeu, il est important de fixer les règles dès le début et de s’assurer que tout le monde a bien compris, quitte à les rappeler aux enfants au cours du jeu si vous voyez que ça tourne mal, c’est à dire qu’un enfant blesse un autre enfant. Par exemple, on ne mord pas, on ne frappe pas. Le but est de laisser les enfants s’exprimer dans le jeu par le contact physique en veillant à leur sécurité.

On sait que les enfants sont dans le jeu lorsqu’il y a des rires malgré les assauts qui paraissent violents.

Pourquoi et comment participer au jeu en tant qu’adulte

Lutter, se bagarrer dans le jeu avec vos enfants en tant qu’adulte contribue bien sûr à vous rendre encore plus complices, à montrer à vos enfants que ce n’est pas parce qu’on est grand que la vie doit être sérieuse et ennuyante.

Une opportunité de plus pour vous connecter à vos enfants

On le sait, les enfants ont besoin d’être connectés à nous les parents, de savoir qu’il peuvent avoir confiance, qu’ils sont en sécurité avec nous. Le jeu physique de contact, comme jouer à la bagarre, est une opportunité de plus pour renforcer cette relation parce que vous les mettez au défi pour les faire progresser pour mieux s’approprier leur corps et leurs émotions en apprenant à les contrôler tout en montrant que vous êtes là pour eux. Vous montrez que vous êtes là pour vos enfants par votre attention, par le temps que vous leur consacrez, par les règles de sécurité que vous avez édictées dès le départ, par vos gestes préventifs pour parer d’éventuelles chutes, par le fait que vous les challengez en modérant votre force, par cette communication non-verbale.

Jouer à la lutte, c’est de l’attention que vous portez à vos enfants, un temps durant lequel vous allez renforcer votre complicité avec eux.

Astuce pour booster la confiance en soi de vos enfants

Lorsque les enfants jouent à la bagarre entre eux, si l’un est un peu plus fort physiquement que les autres, il peut vite prendre le dessus et s’imposer physiquement voire faire mal aux autres.
Lorsque vous intervenez pour lutter avec vos enfants dans le jeu, l’avantage c’est que vous pouvez jauger la force des vos enfants et adapter la vôtre pour les mettre au défi sans prendre le dessus. En servant de modèle, on montre à nos enfants que gagner n’est pas une fin en soi et qu’en canalisant son énergie et en coopérant, on s’amuse sans prendre le dessus sur les autres.

Le but est de les aider à trouver des solutions dans le jeu, de leur résister et de s’opposer à eux suffisamment pour leur permettre de tester leur force et de relâcher un peu la pression pour qu’ils puissent prendre le contrôle. Un bon moyen d’aider les enfants à prendre confiance en leurs capacités physiques et plus généralement en eux, est de les laisser gagner. Par exemple si vous faîtes de la lutte avec eux, les laisser plaquer vos deux épaules au sol après avoir bien bataillé pour arriver à leurs fins.

C’est particulièrement efficace pour les enfants comme ma fille par exemple qui n’était pas très à l’aise avec la motricité, l’agilité physique. Le jeu de lutte lui a permis de progresser et de tenter des prouesses physiques en toute sécurité puisque vous êtes là pour les encourager et parer les chutes éventuelles. Bien entendu, si votre enfant est plus fort que vous physiquement, à vous de donner les consignes de sécurité, et d’adapter le type de jeu que vous pouvez faire en fonction de vos capacités physiques.

Dans cette vidéo, ma fille lutte avec son papa, un jeu de bagarre que vous pouvez facilement tester avec vos enfants

L. Cohen, dans son livre “Qui veut jouer avec moi” donne une idée ludique pour arrêter immédiatement le jeu si l’un des participants se fait  mal ou souhaite simplement faire une pause ou stopper le jeu immédiatement : Trouver un mot ou une phrase qui n’a rien à voir avec le jeu, par exemple “tarte à la banane”, que chaque participant peut crier à tout moment pour stopper le jeu.

Dans la lutte, ma fille a choisi le mot “carotte”. Comme je filmais, j’ai vu à plusieurs reprises qu’elle était en difficulté et lui ai rappelé qu’elle pouvait dire “carotte” à tout moment. Elle ne l’a pas utilisé une seule fois parce qu’elle voulait vraiment se mesurer à son papa et tester sa force. Grâce à ce jeu de bagarre, elle pousse ses limites sans se faire mal.

Et vous, prêt à jouer à la bagarre avec vos enfants ou réticent ?

Dîtes-le dans les commentaires 🙂

A vous de jouer !

Cecile

Cet article a 20 commentaires

  1. Cécile

    Je joue souvent à la bagarre avec mes fils, mais plutôt bataille de coussins. Ca les fait beaucoup rire et ça évite qu’ils jouent seuls entre eux, parce qu’ils finissent toujours par vraiment se taper dessus (ils sont petits 2 ans 1/2 et 4 ans).
    Mon mari était moins jeux de chahut mais, maintenant, le soir dès qu’il rentre mon grand lui demande de jouer à “placage” comme il appelle ça : se plaquer l’un l’autre sur le lit en gros (enfin à 2 contre 1 puisque le petit frère joue aussi contre papa).

    Mon grand n’aime pas trop le contact physique et a du mal à accepter de ne pas tout maîtriser, et ce jeu l’aide aussi à apprendre ça. On respecte quand il veut arrêter et du coup il en redemande mais il a fallut y aller à son rythme et donc à petites doses dès le départ. Je trouve que ça l’aide beaucoup et ça crée du lien (avec nous et entre frères).

  2. TEYSSIER

    Bonjour
    Vos videos sont toujours très instructives et détaillées, je ne me lasse pas de les regarder.
    On se bagarre ma fille de 2 ans et moi souvent sur le lit. Je compte même l’inscrire lorsqu’elle aura 6 ans au judo poutr justement qu’elle ait mieux confiance en elle et au travers des règles de ce sport a respecter l’autre, l’adversaire, le compagnon de jeux et aussi a développer sa motricité et la maîtrise de son corps.
    Merci et bravo
    Bonne continuation et a la prochaine ….

    1. Cécile

      Bonjour Rémy, merci de vos encouragements 😉 C’est vrai que les arts martiaux sont de bons sports pour toutes les aptitudes que vous avez citées, c’est bien de lui faire essayer le judo. Jouer avec votre fille à des jeux actifs à la maison apporte un bénéfice complémentaire, c’est une occasion en or de passer un temps de qualité avec elle, de lui consacrer votre pleine attention, de communiquer autrement, de renforcer vos liens… que du bonheur 🙂 Merci encore

  3. Emmanuel

    C’est très intéressant comme idée, de jouer à la bagarre et vos arguments sont pertinents.
    Vous m’avez convaincu.
    Je savais déjà que le sport était important pour la confiance en soi et le stress.
    Jouer à la bagarre, c’est peut êre comme pratique un art martial, judo, aikido. Au fond les adultes aussi jouent à la bagarre.
    Alors libérons la PDNF, pour stimuler l’activité cérébrale de nous enfants.

    1. Cécile

      Si je vous ai convaincu Emmanuel, j’en suis ravie 😉
      La différence entre les arts martiaux et le jeu à la maison c’est la connexion “top qualité” parent-enfant, le petit truc en plus du jeu en famille; à moins que l’on pratique un art martial avec ses enfants mais je ne suis pas sûre que ce genre de cours en famille existe…
      Au plaisir 🙂

  4. Genevieve

    merci Cécile! c’est génial comme article et comme idée pour nous les parents.

    Merci pour l’info concernant la protéine, c’est intéressant!

    Je fais souvent des séances de giligili chatouillis avec mes enfants car ils adorent! Par contre, c’est vrai qu’avec mon fils c’est plus difficile pour moi car il finit toujours par me faire mal, il a beaucoup de force et ne la contrôlé pas toujours. Et donc parfois je lui dis que je ne veux plus le faire avec lui mais je vais repenser et mettre des règles 😉 merci Cécile!

    1. Cécile

      Merci à toi Geneviève 🙂
      Tu as raison, la difficulté quand on joue à la bagarre ce sont les coups et c’est difficile d’y échapper quelque soit l’âge de nos enfants. Quand ils sont petits ils ne maîtrisent pas bien leurs gestes et quand ils sont plus grands, ils ont potentiellement plus de force… Certains combinent les 2 dès le plus jeune âge comme c’est peut-être le cas de ton fils;) Ce qui aide, ce sont les règles, aussi le fait de dégager l’espace, jouer dans le jardin, sur le lit, éviter les coins de table à proximité. Marquer une pause immédiate si quelqu’un a pris un coup, répéter les consignes quitte à en ajouter de nouvelles plus précises, avant de reprendre le jeu…
      Après si c’est vraiment trop dur, un jeu un peu plus soft comme une bonne bataille d’oreiller est bénéfique aussi ( en choisissant de bons oreillers moelleux parce qu’un coussin peut faire mal aussi. Quelle rude vie de parents pas vrai ?… Merci encore 🙂

    1. Cécile

      Bonjour,
      Personnellement, je pense que l’on peut ne pas être toujours d’accord avec la façon dont les maîtres ou maîtresses réagissent mais j’estime qu’à partir du moment où mon enfant est dans le système scolaire, il doit aussi apprendre qu’il y a des règles de vie collectives et des décisions, qu’elles ne sont pas toujours justes ou en phase avec ce que l’on pratique à la maison mais que ça fait partie de l’apprentissage de la diversité de points de vue. Et puis rien n’empêche d’avoir une conversation avec la maîtresse ou le maître pour en parler et donner votre point de vue argumenté (donner le lien vers cet article par exemple 😉

  5. Sandrine

    Bonjour Cécile,

    J’ai découvert récemment le livre de Mr Cohen et j’ai donc fait des recherches complémentaires sur internet et je suis tombée sur votre blog qui est très riche.
    Je vais essayer de mettre en pratique tout ce que j’ai lu.
    Merci pour ce partage.
    Bon week-end

  6. Valerie

    Bonjour,

    Mon garçon de 4 ans prends la bagarre pour rentrer en contact avec ses camarades et bien c est pas plaisant pour eux.
    Es ce que jouer à lutter va l aider à mieux se développer et comprendre qu a l Ecole on ne doit pas taper pour jouer.
    Merci de votre aide

    1. Cécile

      Bonjour Valérie,
      En jouant avec ses copains, votre fils se rendra compte par lui-même que si ça tourne mal, s’il sort du jeu et qu’il tape ses copains ne voudront plus jouer avec lui. Jouer à la bagarre c’est bien tant que ça reste un jeu pour tous les participants, c’est pour ça que l’intervention d’un adulte est parfois utile. Pour aider votre fils, si j’étais à votre place, je jouerais aussi à des jeux de contact physique avec lui à la maison pour l’aider à canaliser son énergie en mettant en place des règles à respecter. Et si ça dérape, stopper momentanément le jeu puis reprendre. Je vous invite aussi à regarder cette interview dans laquelle L.Cohen parle des jeux de contact physique comme la lutte : https://www.leo-melrose.com/interview-lawrence-j-cohen-2-outils-puissants-de-la-parentalite-ludique/
      Tenez-moi au courant de l’évolution de choses 😉

  7. Christiane

    Bonjour,

    J’ai deux filles et elles adorent jouer à la bagarre avec leur père ( qui je dois dire aime ça aussi) Moi j’avais un peu peur au début mais ma plus grande ( 10 ans) m’a dit que c’est pour jouer et qu’ils font attention…par contre j’ai remarqué que chez ma plus petite de 3 ans, ça à diminuer son agressivité envers ses camarade de 50% à la garderie. Elle socialise plus et discute davantage lorsqu’elle n’aime pas quelque chose au lieu de frapper directement…je ne sais pas si ça a un lien mais maintenant je les laisse faire… et parfois je me joins à eux ! 🙂

  8. Yona

    Bonjour Cécile,
    merci pour ta fraicheur!
    Je ne joue pas forcément à la bagarre avec mon fils de 4 ans mais on fait souvent des acrobaties à 2, de l’escalade de canapé-chaises-parcours sous les tables, des figures type rock acrobatique et il en raffole, surtout quand il se déséquilibre tout seul pour me tomber dessus. Je ne sais pas si le combat avec un rapport de dominant-dominé est plus instructif? Il ne connait pas encore du tout le monde de la bagarre et de la guerre, c’est peut-être mieux d’attendre qu’il y soit confronté pour jouer à la bagarre?

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