jouer pour resoudre un probleme
Quand on parle de jouer avec nos enfants, la plupart des gens pensent aux jouets, aux jeux d’éveil, aux jeux de société, bref à des jeux matériels. Souvent, on se focalise sur le jeu en lui-même, ses caractéristiques, est-ce qu’il est adapté l’âge de mon enfant, est-ce que c’est un jeu éducatif qui va lui permettre d’apprendre quelque chose, de stimuler nos enfants…
C’est très bien de se soucier du type de jeu que l’on met entre les mains de nos enfants, mais le jeu, qu’il soit matériel ou non, peut aussi être un prétexte, un prétexte pour communiquer avec nos enfants et pour les aider…

Jouer pour aider vos enfants à évacuer un problème

Le jeu est le moyen le plus direct et le plus simple de communiquer efficacement avec nos enfants et de les aider à résoudre des problèmes

Ces problèmes peuvent être liés à :

  • des frustrations que nos enfants ont accumulées, à la crèche, à l’école, chez leur nounou et qu’ils ne sont pas toujours capables d’exprimer par des mots.
  • des peurs vécues, que ce soit le jour même, des semaines, des mois, voire des années auparavant, et que nos enfants ont enfouies en eux parce qu’ils n’ont pas eu l’occasion de les exprimer ou que quelqu’un ou quelque chose les a fait taire. Par exemple avec une phrase du type : “les grands garçons ne pleurent pas…” alors même que votre petit garçon avait peur et s’était mis à pleurer et que ses pleurs lui auraient permis de se guérir de sa peur.

Lorsque nos enfants ne peuvent pas exprimer leurs émotions, ils les accumulent et les stockent en eux. Et s’ils n’ont pas l’opportunité d’exprimer ce qu’ils ressentent, cela ressort à un moment ou à un autre, parfois lorsque nos enfants sont contrariés lors d’une situation qui n’a aucun rapport avec celle précédemment vécue.

Parfois, la situation problématique mal vécue est pourtant simple à gérer. Voici comment le jeu peut vous y aider…

Apprendre à traduire le comportement de nos enfants

Voici un exemple concret et personnel d’une situation que le jeu nous a aidées à dénouer très récemment.

Il n’y a quelques jours, je suis partie aux États-Unis, et j’ai dû laisser ma petite famille presque une petite semaine pour ce voyage.

partir en voyagevoyager
A mon retour, après avoir passé un bon moment à papoter avec ma fille, j’ai commencé à raconter mon séjour, alors que nous étions à table. J’ai parlé des personnes géniales que j’avais rencontrées et de ce que j’avais appris.

A plusieurs reprises, ma fille m’a interrompue pour me dire : “ben moi j’ai fais ça à l’école”, attendant que je la félicite, ce que j’ai fais mais sans vraiment lui accorder d’attention…

Vous savez, c’est comme quand vous êtes pris dans vos pensées, ou que vous discutez avec un autre adulte et que votre enfant vient vous montrer le dessin qu’il vient de faire et que vous lui dîtes, “oui il est très joli ton dessin” sans vraiment le regarder et y faire attention…

La soirée s’est enchaîné et à l’heure d’aller au lit et de faire nos petits rituels pour lesquels elle est habituellement la première partante, elle n’avait ni envie de faire la course, ni de prendre l’avion comme je le montre dans la vidéo de cet article. Ma fille commençait à être de mauvais poil, je voyais bien qu’elle était contrariée.
C’est à ce moment là que les petits signaux auxquels je n’avais pas vraiment fait attention pendant le repas ont fait tilt.

J’avais passé tout le repas à discuter avec mon conjoint alors que ma fille essayait d’attirer mon attention tout simplement parce que je lui avait manqué et qu’elle avait besoin de se sentir réconfortée et aimée…
Dans son esprit d’enfant, mon enthousiasme pour mon séjour se traduisait par “maman préfère passer du temps avec des gens extérieurs qu’elle trouve géniaux et se fiche de moi” , même si évidemment ce n’est pas le cas et que nous savons en tant que maman ou papa que nous aimons nos enfants quelques soient les circonstances.
Mais dans son esprit d’enfant, c’est un peu comme si tout d’un coup tout ce qu’elle était et faisait n’avait plus d’importance…

Quelques minutes de jeu pour rétablir le lien

Comme elle avait mentionné pendant le repas qu’elle venait d’apprendre à jouer aux dames avec son papa, je lui ai dit, “ça te dit de me montrer comment on joue aux dames ?”

Place au jeu, à la détente et au rire

Au début du jeu j’ai annoncé que j’étais “championne inter-planétaire du jeu de dames” et j’ai pris cet air loufoque dépité au fur et à mesure qu’elle mangeait tous mes pions, ce qui a déclenché évidemment ses rires. Ce qui est génial avec le jeu, c’est qu’il nous aide nous les parents à changer presque instantanément une situation, un peu comme si on appuyait sur un interrupteur pour allumer une lumière…

Laisser votre enfant prendre le contrôle

Ce jeu a radicalement changé l’humeur de ma fille et la soirée s’est terminée dans la joie et la bonne humeur. Parce qu’en lui laissant prendre le contrôle pour me montrer comment on joue et en la laissant gagner, elle a repris confiance et a retrouvé son sentiment d’avoir de l’ importance.

Je ne dis pas qu’il faut toujours laisser gagner nos enfants, cela dépend des circonstances, mais dans cette situation particulière, le jeu nous a aidé à changer complètement le cour de la soirée. Peu importe si l’heure du coucher a été retardée de 20 minutes.

Si j’avais continué nos petits rituels habituels pour aller au lit, sans faire attention à tous ces petits signes et surtout sans faire cette partie de dames, cela aurait certainement mal fini, c’est à dire qu’il y aurait eu un clash. Elle aurait rejeté toutes mes suggestions pour se préparer à aller au lit, et peut-être que j’aurais perdu mon sang froid et que je me serais énervée, que j’aurais crié, d’autant que j’avais quelques heures de décalage horaire dans les pattes, et que la fatigue ne m’aurait pas aidée. Et puis, elle aurait très certainement eu du mal à s’endormir et ce n’est plus 20 minutes de détente que nous aurions passées, mais certainement une heure de stress…

Recréer le lien entre vous et vos enfants

Je partage cet épisode pour vous montrer qu’un simple jeu partagé, peu importe que ce soit jouer aux dames ou à un jeu imaginaire, peut changer très efficacement le climat familial en quelques minutes et recréer le lien entre vous et votre enfant quand il a été rompu.

Et en fait, le lien se rompt très facilement chez nos enfants.

Parfois, des situations bien plus anodines que la séparation liée à un voyage, comme par exemple passer un quart d’heure au téléphone avec une amie, suffisent à déclencher ce sentiment d’être déconnectés de nous chez nos enfants.

Choisir l’issue d’une situation

A l’issue de la conversation téléphonique, ou de toute autre situation dans laquelle nos enfants nous envoient les premiers signaux de “j’ai besoin de ton attention”, nous avons le choix. Celui de :

  • Nous énerver parce que notre enfant nous a interrompu ou a sollicité notre attention à un moment qui ne nous arrangeait pas, ce qui crée automatiquement plus de distance entre nous et promet des minutes de tensions
  • Jouer avec nos enfants ou prendre une attitude loufoque, changer de ton et prendre cette voix rigolote, parce que le jeu est la façon la plus directe de nous reconnecter avec eux en passant ne serait-ce que 2-3 minutes pour se mettre à leur portée, les écouter et faire en sorte de déclencher le rire et une atmosphère de détente à la maison.

C’est ce que j’explique dans cette vidéo :

Dîtes moi dans les commentaires ci-dessous, si vous aussi vous pensez que jouer avec vos enfants vous aide à résoudre des problèmes du quotidien

A vous de jouer !
Cecile

Cet article a 11 commentaires

  1. Genevieve

    Merci Cécile pour le partage de cette expérience et cette belle vidéo!
    et oui ça m’arrive souvent que mon fils m’empêche de téléphoner ou m’empêche de parler à table de ma journée avec mon conjoint. Le jeu est en effet un nouvel élément que j’intègre de plus en plus dans mon quotidien pour compenser ou sortir de situations difficiles et ça marche évidemment comme tu le dis de façon magique. Je continue à être à l’affût de toutes les idées de jeux que tu nous offres sur ton blog. Hier encore je regardais la vidéo d’André Stern et le jeu comme il le dit est beaucoup trop remis aux loisirs dans notre socitété alors que c’est le vecteur par excellence d’apprentissage pour les enfants et aussi pour les adultes. D’ailleurs lui n’a jamais été à l’école, il dit être un enfant de 42 ans qui continue à jouer et à s’enthousiasmer tous les jours de sa vie. A très vite! Geneviiève

  2. Amélie de Famille épanouie

    Bonjour Cécile,
    J’ai souvent remarqué que lorsque je joue à un jeu avec Arthur, il est ensuite “rassasié” de ma présence et me laisse d’autant plus vaquer à mes occupations personnelles ou professionnelles. C’est pourquoi je pense qu’il est très important de leur donner du temps qui soit de qualité. Et le jeu est très qualitatif car l’inertie avec l’enfant est très grande.
    Amélie

    1. Cécile

      Bonjour Amélie,
      c’est exactement ça, le jeu, même à petites doses a un effet très nourrissant 🙂 C’est du gagnant-gagnant, jouer rend nos enfants heureux et nous permet d’avoir une vie à côté de notre rôle de maman. Merci de ton commentaire 😉

  3. Rendez-vous des parents

    merci pour votre texte et votre vidéo ! le jeu est une façon de résoudre beaucoup de difficultés, mais surtout, d’entrer dans le monde de nos enfants et de redevenir soi-même un enfant ! rien que pour cela, rien ne vaut le jeu !

  4. Cécile

    Bonjour Cécile,
    Merci pour cet article. Je suis convaincue que le jeu est utile sur bien des plans… se connecter avec ses enfants est tellement la base et le jeu permet ça. C’est aussi ce que j’essaie de faire à travers les activités que je propose aux enfants.
    C’est plus difficile quand on est en conflit mais ça marche tellement bien quand on y arrive. Ici c’est le chahut (guili et cie) qui fonctionne bien avec mon petit (2 ans 1/2) et raconter beaucoup de bêtises avec mon grand (4 ans).
    Après pour désamorcer quelques situations problématiques, il m’arrive d’utiliser des jeux comme “le 1er qui …” (a fini de s’habiller etc.) avec mon grand (pas entre frères pour éviter la compétition). Et comme il a de grosses envies de transgression, il adore les jeux de rôles où il fait ce qu’on lui interdit de faire (“je suis un méchant ogre, je t’attrape et je t’enferme dans cette prison, tu ne peux pas sortir… Oh mais il s’échappe”).

    Tu as des trucs pour “penser jeu” dans les situations difficiles au quotidien ?

    1. Cécile

      Salut Cécile, merci de ton commentaire 😉
      je crois que plus on joue plus ça vient naturellement et plus on prévient les moments compliqués. Quand on sent que les choses tournent au vinaigre avec nos enfants, on peut tenter l’honnêteté, dire ce qu’on ressent, la colère qui monte, mais en prenant un ton loufoque, une autre voix que celle que l’on utilise habituellement. Dire par exemple : “j’en peux pluuuus, le volcan va exploseeer, écartez-vous !” et par exemple courir vers une autre chambre et se jeter sur le lit en tapant des poings ou chanter qu’on en peu plus comme un chanteur de rock. Au pire nos enfants vont dire :”maman est devenue complètement folle”, au mieux ça provoquera des rires et on se sentira mieux… ça ne coûte rien d’essayer. Et si on y arrive pas, si on pique une crise, on peut toujours revenir plus tard sur cet épisode quand tout le monde s’est calmé et dire à nos enfants qu’on s’est énervé, que ça arrive parfois que les grands craquent et jouer avec eux pour réparer tout ça 😉

  5. Ella

    Bonjour
    Je viens de découvrir votre blog que je trouve très intéressant au vu des idées qu il regorge. Après avoir lu plusieurs livres sur la parentalité, je n ai toujours pas de solutions aux soucis que j ai dans ma famille, alors la parentalité ludique m interpelle. En effet, je suis maman de 3 enfants, l ainée 8 ans et les jumelles 3 ans et demi. J ai une des jumelles qui a de très forts accès de colère et violence que je n arrive pas à désamorcer, ça passe par des coups, des objets balancés, des morsures… Je suis désemparée et ne sait plus trop quoi faire. Je vais acheter ce livre que vous recommandez et espère tres fort qu il pourrait m aider. Merci
    Ella une maman qui ne veut pas baisser les bras

    1. Cécile

      Bonjour Ella, déjà j’aimerais vous dire que vous avez raison de ne pas vouloir baisser les bras parce que les choses peuvent changer très vite avec votre petite fille dans le bon sens pour vous et vous le méritez toutes les deux. Je ne connais pas les détails de votre actualité, mais j’aimerais que vous essayiez un outil avec votre fille. Accordez lui 15 minutes de votre temps rien qu’avec elle, sans sa sœur jumelle, sans leur grande sœur. Est-ce que c’est possible pour vous ? mettez vous à sa portée, prenez la par les mains en la regardant dans les yeux et demandez lui à quoi elle veut jouer ou si elle est déjà en train de jouer, entrez dans son jeu. Donnez lui votre pleine attention pendant ces 15 minutes, riez ensemble, participez, faîtes ce qu’elle vous demande à la lettre en multipliant le contact physique, les câlins et faîtes la rire en étant un peu maladroite, en ratant… au bout des 15 minutes dîtes lui que vous referez ça demain ensemble. Nos enfants ne sont pas agressifs ou en colère pour nous embêter, si votre fille mord, c’est parce qu’elle se sent démunie, qu’elle a peur ou ressent de la frustration. ça peut être lié à plusieurs chose, par exemple “est-ce que maman m’aime autant que mes sœurs”, ou encore “je n’arrive pas à faire certaines choses et je me sens frustrée et triste et je ne sais pas comment gérer ces émotions”… En faisant ce petit exercice, en lui donnant votre pleine attention rien que pour elle, vous allez combler un besoin et lui donner les ressources pour qu’elle se sente mieux et que la situation s’améliore. Tenez moi au courant, bien amicalement, cecile

  6. Mathieu-Tanguy Angélique

    Tout un art le métier de parents décidément.
    Heureusement qu’il existe des blogs sur le sujet comme celui de Cécile!

    Suivant son humeur, il faut toutefois arriver à vouloir jouer ou faire des personnages loufoques avec nos enfants!
    Quand on est fatigué le soir après son travail ou agacé par quelque chose par exemple.

    Mais je reconnais qu’on s’évite bien des chagrins et des colères si on suit les conseils de Cécile. 🙂

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