Une petite fille s'ennuie

Quel parent n’a pas entendu son enfant venir le voir avec une mine boudeuse dépitée : “J’sais pas quoi faire ! Je m’ennuie…”
Généralement, on a du mal en tant que parent à comprendre que notre enfant s’ennuie alors même que les possibilités d’activités et de jeux ne manquent pas :

“Comment ça tu t’ennuies ? Tu te rends compte du nombre de jouets que tu as à la maison ?! Moi quand j’étais petite je n’avais pas le quart des jouets que tu as… ”

Et puis, on insiste pour qu’il joue avec le dernier cadeau qu’il a eu pour son anniversaire ou pour Noël, on ne manque pas d’ajouter que ce jouet nous a coûté cher, mais rien n’y fait ! Notre bambin tourne autour de nous en chouinant ce qui a le don de nous irriter…

Force est de constater que la solution que l’on essaie de lui apporter pour l’occuper et, il faut bien se l’avouer, pour vaquer rapidement à nos occupations, ne marche pas…
Et pourtant à chaque fois que notre bambin prend cet air d’enfant désabusé, le même scénario se répète :

  • On dresse patiemment la liste complète des jeux auxquels il pourrait jouer
  • Et parce qu’on a le sentiment que notre enfant est “pourri-gâté”, on finit par s’énerver et par crier…

Pourquoi votre enfant s’ennuie ?

Pour commencer, si votre enfant vient “traîner dans vos pattes”, il est important de rappeler que ce n’est pas pour vous embêter : Votre enfant a un bon fond.
Si notre enfant s’ennuie, ce n’est pas non plus parce qu’il manque d’idées pour jouer ou qu’il manque de jouets, vous l’avez dit vous-même votre enfant en a des tonnes…

Dans la majorité des cas, lorsque votre enfant vient vous dire qu’il s’ennuie, c’est parce qu’il a besoin de vous, de votre attention et d’un moment ensemble…

Donc la traduction du “Je m’ennuie”, serait plutôt “J’ai besoin de toi papa, j’ai besoin de toi maman…”

Lawrence Cohen, psychologue américain, auteur du fabuleux livre “Playful parenting” que vous pouvez trouver en français sous le titre ” Qui veut jouer avec moi ? “ (Editions JC Lattès) parle de remplir la “tasse d’amour” de nos enfants ou plus simplement de faire le plein d’amour. Quand la tasse est vide, plus rien ne marche…

Dans l’une de ses conférences, Isabelle Filliozat a utilisé une image que j’ai bien aimée,  je me permets donc de la reprendre avec mes mots à moi 😉 Quand le réservoir de votre voiture est vide, est-ce que vous vous sortez de la voiture en criant : Tu vas avancer oui ! Est-ce que vous “motivez” votre auto avec une carotte : Allez un petit effort, si tu fais encore 100 kms, je t’offre un plein de carburant !…

Les enfants ont besoin que leur “réservoir” d’amour soit plein pour avancer, pour avoir envie de profiter de leur journée, pour avoir envie de s’amuser de manière autonome. C’est une condition sine qua non, tout comme votre voiture a besoin de carburant…

Que faire quand votre enfant s’ennuie ?

Lorsque votre enfant vient vous voir en disant qu’il s’ennuie, la solution est assez simple : Consacrer du temps à votre enfant et jouer avec lui… Prendre quelques minutes pour jouer car le jeu est le meilleur moyen de vous connecter avec votre enfant pour remplir son réservoir du carburant dont il a besoin : Votre amour.

Pas le temps… je suis occupé !

Nos enfants nous interrompent tout le temps lorsque nous sommes occupés… Mais à bien y réfléchir, il est difficile pour eux de faire autrement dans la mesure où nous avons tous des emplois du temps bien remplis. Est-ce que vous avez souvent dans vos journées une heure où vous n’avez rien à faire, où vous lézardez affalé sur votre canapé ou surfez sur internet ? Peut-être le soir ? Ah oui, à l’heure où vos enfants sont couchés…

Pour consacrer du temps à nos enfants, il faut le décider…

Si votre enfant vous a interrompu alors que vous épluchiez vos légumes, que vous repassiez, que vous rangiez, pourquoi ne pas faire une petite pause ?
Un quart d’heure à trente minutes de pause dans vos tâches ménagères. C’est finalement assez peu sur 24 heures que comportent votre journée, non ? Lâchez vos couteaux, cuillères, fer à repasser, panier à linge, je peux vous assurer que vos ustensiles et accessoires ne vous en voudrons pas.

Après un câlin (indispensable pour repartir dur de bonnes bases 😉 prenez l’initiative, entamez une partie de cartes, un jeu de constructions, de devinettes, une bataille de guilis, et vous verrez combien vous allez passer un bon moment, bref  “Remplissez le réservoir de votre enfant”

Pas d’humeur pour jouer… 7 conseils pour vous détendre

Si vous êtes énervé, frustré, en colère, si vous manquez de patience et n’avez qu’une envie, renvoyer votre enfant dans sa chambre… Voici 7 conseils d’amis pour évacuer le stress car votre enfant n’y est pour rien :

  • Évacuez le stress ( Solution d’urgence…) : Rendez-vous dans une pièce de votre appartement, de votre maison, fermez la porte et… Criez, hurlez, sautez, frappez un oreiller, bref évacuez le stress. Une bonne façon de revenir frais et dispo pour consacrer l’attention que votre enfant vous demande…
  • Lancez-vous dans une recette de pâte à modeler comme celle-ci. Si vous saviez combien le fait de pétrir la pâte détend… Un pur bonheur 😉
  •  Envisagez de pratiquer une activité sportive pour canaliser votre trop plein d’énergie et pour évacuer les frustrations, colères, etc.
  • Trouvez une oreille attentive pour vous écouter : Parfois ça fait du bien de parler avec un ami, une connaissance à qui on va pouvoir confier nos frustrations, nos angoisses. Pourquoi ne pas essayer de faire une sorte de pacte d’écoute avec une personne de votre entourage, quelqu’un que vous pourrez appeler pour déverser votre trop plein et qui, en retour pourra vous appeler pour évacuer le sien ?
  • Redistribuez les rôles au sein de la famille : Est-ce que votre conjoint peut prendre le relais pour jouer avec vos enfants ? S’il ou elle ne le fait jamais, pourquoi ne pas entamer une discussion sur le sujet et essayer de ré-organiser votre emploi du temps quotidien pour trouver des solutions ?
  • Instaurez un rituel de jeu quotidien avec vos enfants : Par exemple, 5 à 10 minutes chaque jour le matin avant d’entamer tout autre activité quitte à vous lever 10 minutes plus tôt, ou le soir avant d’aller se coucher
  • Repensez votre emploi du temps : Une méthode que j’utilise et qui fonctionne à merveille est de faire un état des lieux puis de réorganiser mon quotidien en fonction de mes priorités :
    1. Écrire votre emploi du temps actuel de manière précise (heure par heure) sur une semaine complète sur la feuille d’un tableur
    2. Écrire vos priorités sur une seconde page
    3. Introduire le changement par petites touches:  Par exemple vous lever un quart d’heure plus tôt chaque jour pour vous permettre de libérer un créneau pour jouer avec vos enfants

Merci de me dire dans les commentaires comment vous gérez les “je m’ennuie” de vos enfants

A vous de jouer !

Cecile

Cet article a 10 commentaires

  1. Marie-hélène

    Mes 3 enfants sont adultes à présent et je pense avoir assez de recul pour dire que mon expérience n’a pas été néfaste.
    Mes enfants ont rarement dit je m’ennuie, d’une part parce qu’ils n’étaient pas “couverts” de jouets mais qu’ils savaient jouer avec rien mais joue surtout avec l’essentiel c’est à dire leur imagination.

    Au moment des préparations de repas, ils jouaient à faire la cuisine, chacun participant à la hauteur de ses capacités (laver la salade, peler un légume, préparer une vinaigrette, même la plus petite qui versait avec attention le riz ou les pates nécessaires dans un verre. Nous en profitions pour parler de tout, de la journée à l’école, des chamailleries entre copains etc. Observer une colonie de fourmis dans le jardin, leur fabriquer des ponts, des enclos pouvait les tenir des heures entières ils ne sentaient même pas les piqures des fourmis.
    Jouer avec de l’eau, jeux musicaux en emplissant les verres, jeux de relais avec des éponges et j’en passe. Leur apprendre à coudre, à tricoter, à peindre, à bricoler leurs propres jeux, s’occuper des animaux. Je leur inventais des histoires auxquelles je demandais de donner suite ou caractère aux personnages. Je tournais un livre imaginaire, je leur disais d’arrêter à la page qu’ils voulaient et je commençais en disant: c’est l’histoire d’un petit … d’un vieux monsieur…d’une fée…d’un petit chat qui… Et ils s’engageaient dans une histoire à rebondissement où tel personnage devenait méchant ou ne l’était plus. Quand ça faiblissait je relançais en changeant de ton, en faisant des bruits bizarres et on riait beaucoup. En hiver ça nous faisait passer de beaux moments.

    Inviter des copains pour faire des cabanes dans le jardin avec des bouts de rien, des vieilles baches et quelques planches c’était un pur bonheur. Je me souviens d’un copain de mon fils qui ne pouvait jamais faire de cabanes chez lui parce que son jardin était tiré à quatre épingles. Il adorait venir chez nous car on n’avait pas peur de courrir sur la pelouse et de faire des cabanes fantastiques. Faire des crêpes et les leur donner à tartiner, des gâteaux qu’ils décorent, malaxer de la pâte à pain et j’en passe. leur donner la responsabilité d’une plante à eux, d’un arbre à eux, l’arroser, les voir pousser. Faire venir des copains sans obligatoirement organiser une fête, les laisser libres de jouer à ce qu’ils veulent, ouvrir un paquet de biscuit et faire de l’orangeade pour le gouter et c’est le bonheur en grand surtout s’ils ont pu jouer pleinement. Fabriquer des marionnettes avec des bouts de chiffons et faire le spectacle à leurs frères et soeurs.
    Pendant que je repassais ils me faisaient souvent les uns après les autres le spectacle. Ca pouvait aller d’une saynette qu’ils inventaient, d’une chanson qu’ils chantaient ou d’une danse qu’ils accomplissaient avec la musique. Ils ont appris à jouer d’un instrument, piano, guitare, percussions. Ils faisaient aussi leurs propres cartes de voeux pour Noël et je mettais à leur disposition crayons, colle, papiers multicolores, gommettes, paillettes.
    L’été à la montagne ils ramassaient les” pierres précieuses” tout au long du chemin (micas, quartz…) et on respectait la nature, les autres randonneurs. Observation, écoute, mouvement, socialisation, affirmation de soi, imagination, exploration, mémorisation. Toutes ces capacités enfantines n’ont pas besoin de jeux à piles, d’écrans ou d’argent en masse.

    Ils sont des adultes débrouillards, qui vivent avec peu et ne gaspillent rien. Ils savent faire rire leurs amis, les écouter avec attention aussi, organiser des vacances à plusieurs, s’occuper et aussi prendre le temps de méditer, rêver. J’ai joué avec eux sans me poser de questions existentielles sur leur psychologie, je les voyais heureux, bien dans leurs baskets et puis ils savaient qu’on faisait avec ce qu’on avait c’est à dire l’amour, le reste n’étant que du matériel qui ne se mesurera jamais à la hauteur d’un moment de bonheur avec papa et maman.
    J’ai été stricte sur leur sécurité, la politesse, l’école, je me suis énervée et je me dis que si nous avons la faiblesse de nous énerver et de crier parfois c’est que nous ne sommes pas des robots. Il ne faut pas se flageller systématiquement dès qu’on dit non à un enfant ou qu’on lui refuse quelque chose. De la frustration nait le désir souvent.

    Je crois que de l’amour, un peu de bon sens,, des règles de vies congruentes font qu’on arrive à donner à nos enfants une croissance harmonieuse et faire d’eux des adultes plutôt bien dans leur peau.

    1. Cécile

      Bonjour Marie-Hélène,
      Et bien un tel commentaire fait plaisir à lire, on ressent tout le bonheur que vous avez eu (et avez encore) avec vos enfants, en famille et on se laisse embarquer avec vous…
      Je ne peux qu’abonder dans votre sens, les jeux les plus simples où les enfants sont acteurs et non spectateurs passifs sont les plus riches en émotions et en apprentissages.
      Je crois aussi que vous avez résumé l’essentiel en parlant de “faire avec ce que vous aviez, c’est dire l’amour”.
      Merci beaucoup d’avoir partagé tous ces exemples dans lesquels je suis sûre que beaucoup de lecteurs du blog se retrouveront et qui sont un magnifique témoignage de maman 🙂

  2. yoda

    “Si votre enfant vous a interrompu alors que vous épluchiez vos légumes, que vous repassiez, que vous rangiez, pourquoi ne pas faire une petite pause ?”

    Pourquoi aussi ne pas l’inviter à nous aider ? Pour le repassage, on ne va pas lui confier le fer, mais il peut plier les vêtements, ou les trier par type. On peut en profiter pour parler.

    La cuisine est bien entendu le meilleur moment pour se faire aider par l’enfant, ça lui permet de voir comment les aliments se transforment en son plat, et on a des chances qu’il en mange de meilleur appétit puisqu’il a participé à sa préparation !

    1. Cécile

      Merci Yoda de votre commentaire. Effectivement les faire participer aux tâches quotidiennes, et particulièrement en cuisine, est un bon moyen d”échanger avec nos enfants. C’est également un excellent moyen de responsabiliser les enfants, de leur faire prendre confiance en eux, etc. C’est d’ailleurs un des points que je reprends régulièrement sur ce blog ou dans mon guide. Merci d’avoir apporté ces idées et précisions. Au plaisir:) Cecile

  3. Cécile

    Bonjour Cécile !
    Ah le fameux “je m’ennuie”. Ici je l’ai rarement en journée, mon grand en ce moment est même plutôt du style “attend maman j’suis occupé” parce qu’il bricole beaucoup de petites choses tout seul avec toute la récup’ qu’il garde dans sa chambre.
    En effet généralement “je m’ennuie” veut dire “occupe toi de moi”… Chez nous, ils s’ennuient le soir quand ils n’arrivent pas à s’endormir ou la nuit quand ils se réveillent (Je t’assure que le môme au pied de ton lit à 3h du matin qui dit “je m’ennuie” c’est particulier 😉 ).

    Ca arrive parfois en journée. Je ne suis pas toujours immédiatement disponible donc je suggère de venir m’aider ou au moins faire quelque chose à mes côtés et je m’engage à faire un jeu, lire un livre ou autre juste après (avec un repère temporel qui leur soit accessible, genre le minuteur).

    Parfois cela dit, c’est juste qu’ils ont oublié qu’ils avaient ce jeu super auquel ils voulaient à tout prix jouer ce matin à l’heure de partir à l’école. Quand on leur rappelle, il retrouve leur enthousiasme et filent jouer avec !

  4. Trifine Nicol

    Est-ce qu’il y a des réservoirs pus long à remplir ?

    Je n’arrète pas de voir des choses du genre “consacré 15/20/30 minutes à votre enfant. J’ai l’impression de consacrer énormément de temps avec ma fille pour jouer exclusivement avec elle, et malgrè ça, il faut qu’on joue en plus pendant que je fais tout le reste, sinon elle “s’ennuie”.
    Donc on joue à la maman/la princesse/la petite soeur pendant que je fais la vaisselle/conduit/prépare à manger/met le linge à sécher. Et pour une journée normale d’école je joue avec elle 30 min+ 30 min + 30 minutes en exclusif !

    Alors parfois je me dis que le réservoir est perçé.

    1. Cécile

      Bonjour Trifine ! merci de ton commentaire, c’est top ce temps de jeu. Je comprends ta frustration d’entendre “je m’ennuie” malgré ce temps que tu consacres à ta fille. Est-ce que tu as déjà essayé de jouer un peu différemment par exemple en l’impliquant dans les tâches du quotidien comme faire à manger plutôt que de jouer pendant que tu fais les choses ? est-ce que ces temps de 30 minutes sont agréables pour toi, est-ce que c’est un vrai moment d’échange et de complicité, de rires ? C’est juste que j’ai remarqué à titre perso que parfois passer 15 minutes et être vraiment présente, dans l’échange avec enthousiasme avec elle, est bien plus efficace pour remplir ce fameux réservoir que si je passe plus de temps sans être totalement présente parce que je suis préoccupée par un truc ou simplement parce que parfois on n’a pas envie de jouer… En disant ça c’est juste une question et pas une critique parce que je suis maman comme toi et parfois nos enfants ont besoin de nous non stop et c’est impossible d’être là à 100%. Je ne sais pas si tu as vu cet article dans lequel je parle aussi d’apprendre la frustration qui peut t’aider aussi ? merci de ton partage d’expérience 😉 Cecile

  5. Délia GEORGES

    Bonjour,

    Je laisse ce commentaire en tant qu’enfant plutôt en tant que maman (je manque encore d’expérience^^). Ma mère n’était pas une grande joueuse même si elle nous a consacré le temps dont on avait besoin par d’autres moyens. Par contre, lorsque moi ou mes soeurs lui disions que nous nous ennuyons, elle nous disait que c’était très bien, qu’il fallait s’ennuyer de temps en temps^^. Je ne sais pas si ça a joué mais on a toutes développé des talents individuels. J’ai beaucoup écrit (romans, nouvelles…etc) dès mes 7 ans et je passais des heures seule à écrire. Mes soeurs ont beaucoup dessinés. Mon grand-frère est devenu dessinateur également. Et je ne me rappelle pas avoir été beaucoup après elle ou mon père. On savait ce qu’elle allait nous dire XD.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.