Interview-Lawrence-Cohen

J’ai eu l’immense plaisir d’échanger avec Lawrence J. Cohen, auteur du livre Playful Parenting ou Qui veut jouer avec moi pour la version française. Dans cette interview, Larry Cohen partage des clés fondamentales pour nous aider dans notre rôle de parent notamment :

– Les 2 raisons fondamentales pour lesquelles nous devons jouer avec nos enfants
– Comment jouer avec nos enfants quand on n’est pas à l’aise avec le jeu ou quand on s’ennuie dans le jeu
– Comment faire quand notre enfant ne veut pas arrêter de jouer
– Comment réagir face aux émotions fortes, aux pleurs, aux colères de nos enfants

L’interview étant en anglais, ouep vous allez entendre mon super accent frenchy hehe :)… j’ai ajouté des sous-titres.

Merci de partager cette vidéo avec d’autres parents si vous aimez le message !

Les titres de Lawrence J. Cohen :

Qui veut jouer avec moi ? – Edition JC Lattès ( Version originale anglaise : Playful Parenting )
The opposite of worry
The art of roughhousing

 

Retranscription intégrale de cet entretien :

Cecile :  Je suis très heureuse d’accueillir Larry Cohen pour cette interview.

Votre livre Larry est l’un des piliers de mon blog sur la parentalité ludique, il m’a inspiré et inspire beaucoup de personnes.
Ce livre a été traduit en français : “Qui veut jouer avec moi” et c’est un livre que chacun devrait avoir entre les mains parce il aide beaucoup, que ce soit pour les parents qui ont des soucis avec leurs enfants ou ceux qui n’ont pas de problème particulier et veulent juste favoriser la connexion parent-enfant.

Larry vous êtes psychothérapeute et vous avez écrit ce livre sur la parentalité ludique…
En tant que parent nous voyons nos enfants jouer très bien tout seul ou avec d’autres enfants, pourquoi en tant que parent nous devrions intervenir et jouer avec nos enfants ?

Lawrence C. : C’est une bonne question… je pense qu’il est important que nos enfants jouent aussi tous seuls ou avec des amis. La relation parent-enfant, leur connexion est la base de tout : C’est le socle pour que nos enfants grandissent et se développent sainement, pour partager nos valeurs avec eux… Quand ils sont jeunes on peut leur dire ce qu’il doivent faire mais quand ils grandissent ils ne nous obéissent plus, on peut juste les influencer et si on veut avoir une bonne influence sur eux, on doit avoir une relation forte et chaleureuse avec eux.

Construire cette connexion, cette relation avec eux est très important, et ça va au-delà de s’assurer qu’ils ont de quoi manger ou se vêtir, c’est plus profond que ça et ça se passe à un niveau émotionnel. Donc ça c’est la 1ère raison, rejoindre les enfants dans leur monde : pour les jeunes enfants leur monde c’est le jeu. Rejoindre les enfants dans leur monde est le meilleur moyen que je connaisse pour construire cette connexion. Il y a 2 choses fondamentales : l’amour et l’affection qui incluent le fait de prendre en compte leur besoins primaires et
plus que ça parce qu’on peut nourrir quelqu’un et s’en ficher… donc c’est s’occuper de combler les besoins primaires et donner de l’amour et de l’affection… et jouer. Ce sont les 2 façons de se rejoindre et de se connecter.

Et puis pour les enfants qui ont des difficultés, ils ont besoin d’un adulte pour jouer avec eux, pour évacuer une situation, comme par exemple une naissance difficile, de la jalousie envers un nouveau né, ou des problèmes médicaux, ou des problèmes à l’école… Ils peuvent arriver à solutionner le problème entre eux mais souvent ils ont besoin d’un adulte pour les aider.

Cecile : Oui, et puis nous les adultes on utilise des mots pour nous exprimer, si le jeu est si efficace c’est peut-être parce qu’on utilise une autre façon de communiquer .. Est-ce qu’on peut utiliser des mots ou quelle est la meilleure façon de communiquer avec nos enfants ?

Lawrence C. : Toute communication est autant non verbale que verbale, plus un enfant est jeune plus la communication est non verbale. Évidemment avec un bébé on utilise des mots mais il n’en comprend pas le sens, il entend la musicalité des mots, les émotions derrière les mots. Même dans les mots il y a du non verbal. Avec les jeunes bébés, le jeu est plus physique, vers 3-4 ans on fait semblant, on invente des histoires et on utilise l’imagination, et quand ils deviennent plus âgés on est plus dans des jeux de société, des activités et toutes ces choses dans lesquelles on utilise en partie des mots mais où on joue.

Cecile : Quand on était enfant on savait comment jouer mais parfois on a du mal à jouer maintenant parce qu’on a oublié ou parce que nos parents ne jouaient pas beaucoup avec nous. Comment on peut commencer à jouer avec nos enfants quand on a un peu de mal au début, est-ce qu’on doit proposer un jeu ou suivre nos enfants ?

Lawrence C. : Je pense que vous avez raison, on a oublié, on est devenu très sérieux, on a beaucoup de responsabilités, le jeu est parfois ennuyeux…

Moi j’aime bien prévoir des temps déterminés, mettre un minuteur en route pendant 10 minutes pendant lesquelles je vais me donner à fond et être enthousiaste. La 1ère chose à faire est de mettre notre téléphone de côté, de poser notre journal et d’offrir toute notre attention. je ne sais pas si vous avez l’expression en France de “Temps de qualité”… C’est un truc que les gens disent ici aux États-Unis, je dois passer du temps de qualité avec mon enfant et les gens pensent que ça veut dire emmener ses enfants voir un spectacle, acheter des places qui coûtent cher et leur acheter ce qu’ils veulent. En fait un “Moment de qualité” c’est offrir un moment d’attention de qualité, un moment où je suis focalisé sur toi, je ne vais pas regarder mon portable en disant “oui oui ok, d’accord..” ça ce n’est pas de l’attention de qualité. C’est de l’enthousiasme, de l’attention de qualité et ensuite suivre notre enfant dans ce qu’il veut faire. Avec un bébé, il prend une expression sur son visage et on imite cette expression, il sourit, on sourit aussi, et il sourit encore plus… et donc on l’imite. On remarque ce qui les fait sourire ou rire, on fait nos mimiques et ils rient. on joue à coucou, ils adorent ça… puis quand ils grandissent, on fait l’imbécile et pour beaucoup d’adultes ça ce n’est pas facile…

Cecile : Moi j’adore ça 😉

Lawrence C. : Moi j’ai dû apprendre, ce n’était pas facile pour moi au début… Comment on fait l’imbécile ? on tombe à la renverse, on fait des grimaces, on prend des drôles de voix…

Cecile : Et donc on doit suivre le rire de nos enfants…

Lawrence C. : Oui on trébuche sur quelque chose et ça les fait rire… et ils veulent qu’on recommence encore et encore…

Cecile : oui et répéter est une clé aussi… ?

Lawrence C. : Oui et ça nous ennuie parfois, ça ne nous amuse pas, c’est pour ça que j’aime le faire sur des courtes périodes et je dis Ok pendant ce temps là je vais jouer à ce jeu encore et encore et m’enthousiasmer à chaque fois autant que mon enfant.

Cecile : Parfois on joue pendant un temps limité et notre enfant en veut plus… est-ce que je lui dit simplement on refera ça demain et on arrête maintenant. Comment je gère ça ?

Lawrence C. : Si on le fait régulièrement, s’ils savent qu’on va le refaire chaque jour, il est plus facile pour eux d’arrêter. Évidemment ils n’ont pas envie d’arrêter parce que c’est amusant mais c’est plus facile s’ils s’attendent à ce qu’on le refasse, si ce temps de jeu est intense, si on est concentré sur le jeu ne serait-ce que quelques instants. Si on est juste présent à moitié, ils vont en redemander encore et encore. Si on est vraiment là, que l’on tombe à la renverse quand on joue à la bagarre, quand on fait une bataille d’oreillers, que l’on saute partout, ou si on est enthousiaste quand ils nous montrent ce qu’ils ont fait pendant la journée, ça les remplit. Bien sûr ils n’ont pas envie d’arrêter mais ils seront capables de le faire s’ils ont vraiment eu leur dose d’affection.

Si notre enfant n’a vraiment pas envie d’arrêter et se met en colère ou s’il est triste quand on lui dit que l’on arrête de jouer, ce que j’aime bien faire c’est : disons qu’on a une demi-heure devant nous et que notre enfant ne veut pas s’arrêter. Au bout d’un quart d’heure, on peut lui dire “Bon maintenant on arrête de jouer… et je sais que j’ai 30 minutes devant nous, et il nous dit “oh non tu ne veux jamais jouer avec moi…” et on dit “ouais je sais je suis très méchant”, on emmène petit à petit la fin du jeu.
De nombreux parents aimeraient que leurs enfants ne ressentent jamais de fortes émotions, qu’ils ne soient jamais en colère ni triste, surtout envers nous… mais la réalité c’est que nos enfants vivent des émotions fortes et de petites choses créent de grosses émotions chez nos enfants parce que leur vie est nouvelle, leurs émotions sont nouvelles pour eux, ils n’y sont pas habitués et ne les comprennent pas. pour nous le “je joue avec toi et on va rejouer demain” c’est simple mais pour eux c’est “Oh nooon !!!”. Notre job en tant que parent c’est de dire à nos enfants :”oui c’est dur ce que tu ressens…” et non pas :”ça sert à rien de râler, c’est ridicule…”, Nous mêmes on aimerait pas qu’un ami nous dise ça… si on dit à un ami “je suis triste” et qu’il nous répond : “c’est ridicule, arrête avec ça, ne m’embête pas avec tes histoires…” la fois suivante on ne va plus appeler cet ami…

Cecile : Ok… Parfois quand on joue avec eux à la fin du jeu de fortes émotions sortent. est-ce que c’est quelque chose de normal ? qu’est-ce qu’on peut faire dans ce cas ?

Lawrence C. : C’est tout à fait normal, le scénario classique quand les enfants jouent beaucoup et c’est encore plus vrai quand on a passé une super journée avec eux, on est allés à la mer, on a dit Oui à tout : oui aux bonbons, oui je vais jouer avec toi dans l’eau, oui, oui, oui ! Ensuite il se fait tard, c’est l’heure de rentrer à la maison et on est tous fatigués… et ils nous disent : est-ce que l’on peut s’arrêter manger des frites ? et on regarde notre montre et on dit “non pas maintenant” et là ils disent tu es méchante ! Tu es une mauvaise mère… Et nous on se dit : “Quoi ! J’ai fait tout ce que tu voulais, c’est quoi ton problème “sale gosse”, on n’ira plus à la mer puisque tu en veux toujours plus..”  Ce n’est pas ça le vrai problème…
La réalité c’est que toutes ces merveilleuses choses de la journée nous ont rapproché, notre enfant se sent en sécurité et quand il se sent en sécurité, il se passe 2 choses: il peut être lui-même, faire preuve de créativité, être plein d’énergie, découvrir, ça c’est super… Mais il peut aussi ressentir les émotions qu’il a stockées en lui parce qu’il se sent suffisamment en sécurité pour les exprimer. Nous aussi on fait ça… on est énervé au bureau et pendant une réunion importante on ne s’épand pas comme ça: “Aaaaahh!” Non, on se retient jusqu’à ce qu’on soit en compagnie de quelqu’un qui nous écoute. Quand nos enfants font ça on pense qu’ils nous manipulent, qu’ils sont odieux… en fait ils refoulent tout à l’intérieur et quand ils se sentent vraiment en confiance, ils ont joué, ils ont été actifs et maintenant à peine on leur touche le doigt “ahhh !” ou les carottes touchent les petits pois dans leur assiette et c’est un drame… C’est tout à fait normal… et beaucoup de parents ne savent pas comment gérer ça…

On doit simplement leur dire : Hum tu es vraiment en colère, tu aurais aimé t’arrêter pour manger des frites, tu aurais aimé que tes petits pois ne touchent pas tes carottes, tu aurais aimé que cette journée continue, je comprends…

Cecile : Faire preuve d’empathie

Lawrence C. : Oui faire preuve d’empathie… Beaucoup de parents craignent que s’ils disent un truc ils doivent vraiment le faire, s’ils disent tu aurais aimé avoir un autre bonbon, ils pensent devoir le leur donner… Non on est pas obligé, on leur dit juste : tu aurais aimé l’avoir… et après les parents disent “oui mais ils vont pleurer…” oui… mais on ne les force pas à pleurer parce que l’on fait preuve de méchanceté, c’est juste que parfois la réalité est difficile pour eux et ils pleurent… et ça nous donne une opportunité de plus de les prendre dans nos bras. Et il n’y a rien de mieux que ce scénario : “je suis triste, tu es là pour moi, je pleure avec toi et je me sens mieux” pour qu’ils prennent confiance en eux. Et si on leur offre ça, ils peuvent gérer les situations difficiles quand ils sont plus grands. Certains parents ont peur en disant : Si je les cajole trop comme un bébé, si je les réconforte, ils n’arriveront pas à gérer les situations difficiles quand ils seront plus grands”. C’est tout le contraire, vous êtes là pour eux et ils gardent ça en eux…

 

Cet article a 8 commentaires

  1. Julie

    Oh, merci Cécile pour cette vidéo, j’avais lu son livre il y a plus d’un an et vraiment en vous écoutant je vais le ressortir! Ton interview me parle beaucoup, je l’ai regardé avec beaucoup d’envie…

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