interview parentalité

Dans cette seconde partie de mon entretien avec Lawrence Cohen, auteur du livre “Qui veut jouer avec moi” ou “playful Parenting” pour la version originale que j’adore, nous parlons de 2 outils puissants de la parentalite ludique.

Larry Cohen partage notamment :
L’une des façons les plus efficaces que je connaisse pour aider nos enfants à surmonter leur peur, une situation mal vécue ou un traumatisme. ça fonctionne pour des situations quotidiennes parfois compliquées comme aller au lit 😉
– Un outil pour donner confiance aux enfants timides et pour aider ceux qui ont beaucoup d’énergie et les enfants qui ont un comportement agressif à se contrôler, à se faire des amis plus facilement…
– Des exemples de jeux que vous pouvez pratiquer avec vos enfants

Cliquez sur j’aime si vous avez aimé et laissez un commentaire pour me dire si vous pratiquez déjà ces jeux ou la parentalite ludique en général.

A vous de jouer !

Cecile

Les livres de Lawrence J. Cohen :

Qui veut jouer avec moi ? – Edition JC Lattès ( Version originale anglaise : Playful Parenting )
The opposite of worry
The art of roughhousing

 

Retranscription intégrale de l’interview de Lawrence J. Cohen :

Cecile : Dans votre livre vous partagez de nombreux exemples et outils formidables que les parents peuvent utiliser, c’est un livre très pratique. Et il y a 2 outils géniaux, l’un d’eux est l’inversion des rôles. Est-ce que vous pouvez nous en parler : Comment ça marche ? Pourquoi c’est efficace et dans quelle situation peut-on s’en servir ?

Lawrence C. : Oui. Quand les enfants se sentent blessés ou dépassés, ou qu’ils ont peur, ils se sentent démunis. Ils sont comme coincés et se disent “je n’y arrive pas” ou ils se mettent en colère. Les jeux ou l’on inverse les rôles ou ils ont le pouvoir, les aide à retrouver confiance en eux. Par exemple : de nombreux enfants veulent jouer à la maîtresse en rentrant de l’école… et ils veulent être la maîtresse. Ma fille faisait ça quand elle venait d’entrer à l’école, elle voulait jouer à la maîtresse et elle voulait que je sois le mauvais élève, le turbulent. Elle même n’était pas une élève turbulente, mais elle voyait la maîtresse s’énerver face à un enfant turbulent et ça lui plaisait, elle avait envie de savoir de quoi il retournait. Donc elle voulait jouer à ça… donc moi je prenais le rôle du turbulent et elle prenait le rôle de la maîtresse stricte. De la même façon, un enfant qui va chez le docteur et reçoit un vaccin, quand il rentre à la maison il veut jouer au docteur et prendre le rôle du docteur. Et si on a peur des piqûres et qu’ils nous disent je veux être le docteur,  et on leur dit “non ne fait pas ça ” et l’enfant remarque ça fait peur, c’est dangereux et on dit : ‘oh non, non j’ai peur des piqûres… ne me fait pas de piqûres… je suis courageux, je ne vais pas pleurer…. Ahhhhh” , on provoque le rire et ça permet à l’enfant de surmonter sa peur, de ne pas transformer la situations en : “Je déteste les docteurs, je n’irai plus jamais, j’ai peur”

Cecile : Oui, c’est un processus de guérison…

Lawrence C. : Oui. En Californie, il y a une école qui a vécu un tremblement de terre, personne n’a été blessé, mais ça été assez traumatisant, et quand les enfants sont revenus à l’école, les enfants ont joué à ce jeu qu’ils ont eux même inventé, ils avaient 4 ans : Ils ont mis tous les jouets sur une table et les enfants se sont mis debout autour de la table et ont secoué la table et tous les jouets ont fait “Ooooo” et sont tombés de la table… et les enfants ont beaucoup ri, et ils l’on refait… et il y a avait une personne extérieure à l’école en visite ce jour là qui a dit : “oh mais c’est horrible, ils se moquent des gens qui sont blessés…” et la maîtresse a dit “non non pas du tout” et elle a emmené cette personne à l’écart pour ne pas perturber les enfants en disant : C’est parfaitement normal, c’est complètement sain, ils ne se moquent pas des gens qui sont blessés, ils rient et se libèrent de cette peur qu’ils ont vécu quand ce tremblement a eu lieu et ils le font en jouant.
Parfois les enfants le font tout seul, mais s’ils ne le font pas, on peut les encourager à le faire. Par exemple si on se bat tous les jours pour mettre nos enfants au lit, plus tôt dans la journée, on leur dit : “bon on se dispute toujours au moment d’aller au lit, on va jouer à un jeu : Tu veux être la maman, le papa, l’enfant, le nounours ?…” On les laisse décider et ils vont certainement vouloir être le papa ou la maman et vouloir que l’on soit l’enfant… “je veux un autre verre d’eau ! je veux aller faire pipi !  je ne veux pas aller au lit ! j’ai fait un cauchemar ! et c’est drôle parce que parfois, l’enfant dit : “Oui bien sûr voila un verre d’eau, oui tu peux rester debout toute la nuit… ils jouent ce parent imaginaire ou alors ils sont très stricts…
Jouer à ce jeu c’est comme tenir un miroir et se regarder : “qu’est-ce qui se passe encore, c’est quoi ton problème ?!!!” Ce n’est pas toujours très confortable, mais nous devons être capables d’en rire.

Cecile : L’autre outil dont je voulais parler est un outil avec lequel de nombreuses mamans ne sont pas à l’aise, c’est les jeux de contact physique comme jouer à la bagarre et c’est un outil génial aussi. Les mamans ont souvent du mal avec ça parce qu’elles ont le sentiment que ça pourrait encourager la violence ou un comportement agressif ou parfois elles ont peur d’être blessées, d’avoir des bleus… est-ce que le jeu de contact physique est dangereux ?

Lawrence C. : Jouer à la bagarre est très bon pour la santé et formidable. Évidemment on peut se faire mal, mais ça vaut la peine, le jeu en vaut la chandelle… parce que ça aide nos enfants à gagner en confiance. Moi-même j’avais beaucoup d’appréhension par rapport à ça… je me souviens quand ma fille avait 3 ans, elle grimpait et j’étais en bas et je disais : fais attention, fais attention !!! et un ami à moi s’est approché et m’a dit :  Tu sais elle se remettra mieux d’un bras cassé que du fait d’être timide ou peureuse toute sa vie. Et il avait raison… c’était difficile de l’admettre mais il avait raison, ça m’a fait réfléchir…
et j’ai vu qu’elle adorait les jeux actifs, les batailles d’oreiller, la lutte et moi j’en avais peur mais j’ai décidé de pratiquer avec elle… et j’ai commencé à faire des recherches sur ce sujet et j’ai découvert qu’en fait, les enfants qui jouent le plus à des jeux de contact physique réussissent mieux à l’école, se font des amis plus facilement, que c’est un type de jeu dont ils ont besoin… On n’a pas besoin de jouer violemment. parfois les gens pensent que jouer à la bagarre c’est se bagarrer pour de vrai… non c’est un jeu et on veut que ça reste léger, ludique. Pour que ça ne parte pas dans tous les sens, hors de contrôle, c’est de faire des pauses dans le jeu. Si vous faites une bataille d’oreiller, dîtes PAUSE ! c’est reparti ! puis une minute après : PAUSE ! ok c’est reparti ! Stoper et recommencer… et ça aide les enfants à ne pas transformer la bagarre en violence.

Cecile : Oui et vous partagez 10 règles dans votre livre pour faire en sorte que le jeu reste sécurisé

Lawrence C. : Je ne suis pas sûr de me souvenir de toutes les règles, mais parmi elles il y a : ne pas retenir les enfants pour les chatouiller parce que même s’ils rient ils se sentent démunis et ne contrôlent pas ça. La plupart d’entre nous se souvient avoir vécu ça quand on était petits et ça ne nous plaisait pas même si on riait…
Une autre règle est de s’arrêter si quelqu’un s’est fait mal et de reprendre le jeu ensuite.
On recherche le lien, la connexion. Certains enfants adorent jouer à la bagarre, et avant de commencer j’aime bien dire: “Avant de lutter, on doit se serrer la main ou se saluer, se regarder dans les yeux ou après avoir lutté on doit se faire un gros câlin”. On veut s’assurer qu’on est connectés au début et à la fin pour que ça ne devienne pas un combat hargneux. Mais si un enfant se met en colère, il n’est pas utile de dire : Stop allez on arrête tout ! il suffit de dire : “oh un petit rappel des règles.
Comme modèle je prends la louve et ses petits. La louve qui joue avec ses louveteaux… Les louveteaux ont des dents pointues et tranchantes et ils pincent et mordillent… et s’ils mordent trop fort, la louve pousse un : “yep” et les louveateaux marquent une pause avant de revenir dans le jeu. Elle fait une annonce : “Là ça va trop loin !” mais ça ne veut pas dire : “Rentre à l’intérieur on ne jouera plus, vous êtes trop durs !”… Je fais juste savoir que c’est allé trop loin et ensuite on peut continuer à jouer…
Les enfants ne sont pas des loups mais on peut dire : Rappel des règles, on ne tape pas, on ne donne pas de coups de pied… on se repousse tout simplement.
Un de mes jeux favoris est de se pousser les mains et on peut de repousser assez fort sans bouger. En tant que parent, je jauge la force de mon enfant pour mettre la même intensité de force que lui : s’il pousse à peine, je pousse à peine… s’il repousse fort, je repousse fort. Et je laisse l’enfant gagner à la fin parce que ça booste sa confiance en lui et ça l’aide à jouer de manière équitable avec ses amis. Mais, il doit donner ce qu’il a et ensuite je le laisse gagner.

Cecile : c’est ce qui est bien quand on joue avec nos enfants parce que quand les enfants jouent ensemble et que l’un est plus fort que l’autre il peut avoir le dessus et toujours gagner…

Lawrence C. : Il y a une étude sur les souris… Les souris luttent comme les humains, elles retournent l’autre et virevoltent. Il y a toujours 2 souris qui luttent ensemble et l’une est plus forte que l’autre. Et les chercheurs ont trouvé que la souris la plus forte ne gagne que 60 ou 70% du temps. En fait, la souris plus forte se dit que si elle gagne à chaque fois, l’autre ne voudra plus jouer avec elle et donc elle la laisse gagner. Et donc si les souris arrivent à faire ça, les humains peuvent le faire aussi…
Et les babouins par exemple, surtout les babouins adolescents qui sont des “machines de guerre”, ils se battent pour protéger le groupe et plus tard ils rejoignent d’autres groupes et doivent montrer combien ils sont forts. Les mâles babouins jouent avec les petits et se retiennent de façon à ce que le combat soit équilibré, c’est pas : je suis plus fort que toi Pam ! et ce sont simplement des babouins…
Les papas disent parfois : la raison pour laquelle je joue avec mon enfant c’est pour l’endurcir, pour qu’il soit fort en sport… Si le babouin le fait, on doit pouvoir faire en sorte de calquer notre force sur celle de notre enfant.

Cecile : Et est-ce que ça aide aussi les enfants qui ont un comportement agressif envers les autres enfants ?

Lawrence C. : Absolument, les enfants qui sont timides doivent jouer à la bagarre et ceux qui sont agressifs en ont besoin aussi. Avec les enfants qui tapent, je dis : On ne tape pas, on se repousse ou alors je propose de pousser un gros oreiller que je tiens entre les mains ou avec un coussin plus petit à peu près de cette taille, assez grand pour qu’on ait besoin de 2 mains pour le tenir. J’en tiens un et tu en tiens un et on se repousse avec nos coussins et c’est bien parce que je ne peux pas te taper sans laisser tomber mon coussin.. et je ne peux pas te donner de coup de pied parce qu’il y a suffisamment d’espace entre nous. Je sens qu’il se passe quelque chose, on est dans le contact physique sans violence.
Les enfants grandissent avec l’idée qu’il existe 2 types de contacts : le contact sexuel et le contact violent. ils ont besoin d’apprendre qu’il existe une panoplie de façons de se toucher qui ne sont ni liés à la sexualité ni à la violence. ils apprennent ça grâce au jeu…

Cecile : Ok génial, merci !!! Il y a tant d’autres outils dont on pourrait parler, mais il faut lire ce livre parce que c’est un livre plein d’idées. La version anglaise est “playful parenting” disponible sous forme de livre papier, en audio et en version kindle. Et il y a cette version française “qui veut jouer avec moi” donc aucune excuse de ne pas lire ce livre. Je vous invite vraiment le faire.

Merci beaucoup Larry !  des projets de livres à venir ?

Lawrence C. : Vous pouvez lire aussi “The opposite of worry”, j’espère qu’il sera traduit en français également et “The art of roughhousing”

Cecile : Oui, ces livres sont géniaux également, merci beaucoup et j’espère à très bientôt !

Cet article a 2 commentaires

  1. LANDREIN

    Merci pour ce partage ! Le jeu, l’humour, l’amour, le temps donné… sont les meilleures clefs pour communiquer avec et connaître notre enfant, même s’il reste encore des progrès à faire dans la prise de recul face aux colères qui parfois nous déroutent.

    Merci encore !

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