enfant qui a peur

Les peurs et les angoisses de nos enfants sont parfois difficiles à accepter pour nous les parents parce que l’on ne comprend pas toujours pourquoi ils ont peur de choses ou de situations qui nous paraissent parfois anodines. Du coup, on a tendance à minimiser leur peur, et parfois à s’énerver contre nos enfants quand ils ne réagissent pas de manière rationnelle.

C’est la raison pour laquelle je souhaite partager l’une de mes lectures, un livre génial de Lawrence J. Cohen, l’un de mes auteurs préférés sur la parentalité ludique.

Dans son livre “The opposite of worry”, que je traduirais par “Le contraire du tracas”, L. J. Cohen décortique les peurs et les angoisses de nos enfants (et les nôtres) et nous donne des clés et des exemples concrets de situations et de jeux pour nous faire passer des caps, de façon à mieux gérer et baisser notre niveau d’angoisse face à des situations du quotidien.
Vous pouvez vous procurer son livre sur amazon.

Aujourd’hui je souhaite vous parler plus spécifiquement de la façon dont les peurs et les angoissent se manifestent parce que c’est la base pour comprendre comment aider nos enfants à les surmonter et cela peut également vous aider à vous confronter aux vôtres pour les surpasser.

Comprendre les peurs et angoisses de nos enfants : Notre système de sécurité interne

Nous avons tous un système de sécurité interne qui fonctionne en permanence pour nous protéger des dangers. Lorsqu’il se déclenche, il passe par 4 phases avant que la situation ne redevienne “normale” :

1- L’alerte

L’alerte est donnée immédiatement lorsque nous sommes exposés à une situation de danger imminent. Par exemple lorsque nous sommes menacés par un animal ou quand une personne nous agresse ou encore lorsque nous sommes confrontés à une image qui fait appel à une image mentale, un souvenir désagréable. Dans ce cas, notre alarme interne se déclenche en moins de 200 ièmes de secondes. Le système ne passe pas par la pensée, il réagit instantanément pour nous protéger parce qu’il faut sauver notre vie…

2- L’alarme

L’alerte déclenche alors notre alarme interne qui nous dit ce qu’on doit faire : Par exemple, crier, courir, ne plus bouger, etc. La peur se manifeste physiquement par exemple par notre gorge qui se noue, notre rythme cardiaque qui s’accélère, les mains moites, des maux d’estomac, de la transpiration, etc…

3- L’évaluation

Lorsque nous ne sommes pas spécifiquement des personnes anxieuses, une fois que l’alerte a été donnée et que nous avons réagi au retentissement de l’alarme, notre système passe par une phase d’évaluation, c’est à dire par le raisonnement, la logique.

De cette façon, il nous permet d’évaluer si le danger est bien réel ou s’il ne l’est pas. Chez les personnes angoissées et particulièrement chez les enfants anxieux, une situation qui peut paraître anodine à une personne peu angoissée, peut être angoissante et figer le système sur le mode “Alarme”. L’angoisse, l’anxiété est plus forte que le rationnel, et ils ne sont donc pas capables de faire appel à la logique, au raisonnement pour passer au mode suivant.

4- Tout est ok

Une fois que l’évaluation a confirmé qu’il n’y avait pas de danger réel, le système passe en mode “tout est ok”, notre corps retrouve son état de calme initial, nous sommes en sécurité, nous pouvons respirer profondément et nous détendre.

Lorsque nos enfants ont peur, qu’ils sont angoissés, leur système reste bloqué sur le mode “alarme”. C’est la raison pour laquelle c’est souvent à ce moment là que nous, les parents, nous ne comprenons pas pourquoi nos enfants ne nous écoutent pas car notre système à nous est déjà en mode “tout est ok”. Nous avons alors tendance à nous énerver et à essayer de “raisonner” nos enfants parfois en les humiliant :
– ” Ce n’est pas un serpent, tu vois bien que c’est un bout de bois” ou “mais non il n’y a pas de monstre dans le placard, les monstres n’existent pas !”
– “Ne fais pas ton bébé !”, tu es ridicule…

Si l’on insiste à ce moment là pour les confronter à leur peur coûte que coûte de façon directe, on ne fait que renforcer leur peur. Par exemple, s’ils ont peur de l’eau, les jeter dans une piscine même s’ils ont pied peut-être traumatisant.

A l’inverse, éviter qu’ils vivent certaines situations, parce que l’on souhaite les protéger, n’est pas la solution non plus. D’une part parce que cela les prive de vivre une vie épanouie et de profiter des plaisirs qu’offrent une sortie à la piscine , une fête d’anniversaire s’ils sont timides, une balade en forêt s’ils ont peur des serpents, etc.  Et puis, éviter de les confronter amplifie leur appréhension. La peur persiste et peut également grandir lorsque la situation se reproduit.

La difficulté est que l’on ne peut pas intervenir directement sur le système d’alarme d’une autre personne, chaque personne doit contrôler son propre système. Chaque personne doit passer par les 4 phases : alerte, alarme, évaluation, tout est ok, pour passer le cap. Alors, comment aider nos enfant à surmonter leur peur ?

Que faire lorsque nos enfants sont en mode “alarme activée” ?

1- Faire preuve d’empathie, réconforter

La première étape est de faire preuve d’empathie, de réconforter nos enfants pour les aider à retrouver un état de calme suffisant pour pouvoir vous écouter. dans ce cas on peut les serrer dans nos bras, leur faire un câlin. Puis les réconforter également par des mots murmurés.
Par exemple, s’ils ont peur parce qu’ils ont vu un serpent alors que vous vous baladiez en forêt, mais que vous avez constaté que ce n’est pas un serpent mais un bâton de bois, vous pouvez leur dire : “Tu as eu peur et je comprends que tu aies eu peur, moi aussi j’ai eu peur. Si c’était un serpent, j’aurais encore très peur. Mais je n’ai plus peur parce que c’est un bout de bois.

2- Accompagner nos enfants pour les confronter à leur peur en douceur

Et pour valider vos propos, vous pouvez utiliser le jeu, le ludique.

Par exemple, retourner vers le bâton et l’utiliser de manière loufoque :

  • Vous donner un coup sur la tête avec et tomber à la renverse
  • Jouer de la guitare avec le bâton
  • Faire semblant de vous bagarrer avec le bâton en bois et accompagner éventuellement votre jeu par une conversation avec ce faux serpent : “Si tu crois que tu me fais peur, pfff !”

L’idée est de rendre la situation comique pour faire en sorte que votre enfant se retourne, vous observe et rie. Une fois que votre enfant se “reconnecte” avec la réalité de la situation et avec vous, il est ensuite en état de vous écouter et éventuellement de participer au jeu avec vous.

Pour guérir de sa peur, il doit y être confronté en douceur et le jeu aide à faire ce pas pour qu’il passe par lui-même par la phase “évaluation” : “si maman fait l’imbécile, c’est que c’est bien un bout de bois, un bout de bois ça ne fait pas peur…” puis par la phase “tout est ok” : “je suis rassuré, je peux me détendre et m’amuser “.

Dans cette vidéo, je me suis appuyée sur un exemple donné par Lawrence J. Cohen de la rencontre inopinée avec un “serpent” et j’ai un peu extrapolé en proposant des portes de sortie ludiques…

Merci de laisser un commentaire pour me dire à quelles peurs sont confrontés vos enfants actuellement.

A vous de jouer !

Cet article a 12 commentaires

  1. Genevieve

    coucou Cécile,

    merci pour cette très chouette vidéo, ludique, elle aussi ;-))
    mes enfants n’ont pas de peurs particulières sauf de “faire du vélo sans les petites roues”, mettre la tête dans l’eau dans la piscine pour mon grand de 5 ans + cauchemars d’ogre ça je pense que c’est une phase normale: celle des cauchemars.

    à plus Geneviève

    1. Cécile

      Coucou Geneviève !
      Ta fille a déjà essayé une draisienne ? c’est top… et ça évite le problème des petites roues (d’ailleurs il faudra que je fasse un article là-dessus un de ces prochains jours ;).
      L.Cohen parle aussi des cauchemars dans son livre (p 208 🙂 : quand les enfants se réveillent dans nuit parce qu’ils ont fait un cauchemar, faire en sorte de valider ce qu’ils ont ressenti ( “Je comprends que tu aies eu peur de ça…”) et ensuite les aider à faire la différence entre les images et la réalité (“C’était un rêve”). Il demande également aux enfants de dessiner les scènes les plus effrayantes de leur cauchemar et il est lui-même effrayé quand ils lui montrent leur dessin. On peut aussi demander aux enfants d’imaginer une suite à cette histoire effrayante ou une fin heureuse à ce rêve. par exemple, “j’avais des super pouvoirs et j’ai envoyé les ogres loin dans l’espace”…
      Je crois qu’il y a une astuce ou un jeu pour chaque situation, c’est génial : il faut juste tester et voir ce qui marche le mieux avec nos enfants.
      Merci à toi 😉
      cecile

    1. Cécile

      Elle a un joli prénom Pernelle… Ma fille a également peur des bruits des motos et autres engins à moteur. Je me suis rendue compte avec le temps que ce n’est pas tant de la peur, c’est que le bruit lui fait vraiment mal aux oreilles, elle est particulièrement sensible des oreilles et c’est vrai que certaines motos font un sacré bruit… C’est peut-être le cas également de Pernelle d’autant qu’elle est encore toute jeune…
      Merci Mag 🙂

  2. Cécile

    Chez nous, Mr T. (4 ans) a peur des monstres et autres sorcières, il a aussi peur de faire des cauchemars. Je ne sais pas trop comment gérer ça parce que non les monstres n’existent pas et j’ai peur que “rentrer dans le jeu” renforce sa croyance.
    Mr Y. (2 ans 1/2) a peur des voitures et motos (le bruit mais aussi de traverser la route) et des animaux (il les adore mais de loin). Ce ne sont pas des grosses crises de peur, car généralement une fois dans les bras sa peur diminue beaucoup (mais en balade il est souvent à bras et c’est un peu lourd, au sens propre du terme).

    1. Cécile

      Bonjour Cécile et merci de ton commentaire 🙂

      Je comprends ta crainte concernant le fait de renforcer la peur des monstres et sorcières de M. T. , mais le jeu est une aide précieuse.
      Quand on y réfléchit, leur dire que les monstres n’existent pas est compliqué parce que, dans le monde des enfants, il existent vraiment, ils sont d’ailleurs partout : dans les albums jeunesse, dans les dessins animés, dans les contes, etc.

      Par exemple, moi j’ai Bob Rasowski en peluche géante à la maison (un cadeau clin d’œil de copines qui date d’avant la naissance de ma fille parce que j’adore “Monstres et Cie” et que j’ai un petit faible pour Bob, bref;). Quand ma fille était plus jeune, elle en avait peur… c’est vrai qu’un cyclope vert avec des bras longs et des griffes est assez effrayant… parce qu’il est différent de nous et la différence fait peur.
      Il aurait été compliqué pour moi de lui dire “les monstres n’existent pas” alors qu’on en avait un à la maison 🙂

      Je me suis servie de Bob pour l’aider à surmonter sa peur en en faisant un copain avec qui on papote :
      “Tu sais Bob, Luce a peur des monstres comme toi… enfin je crois qu’ils te ressemblent… heu lulu, ils ressemblent à Bob les monstres qui te font peur ? “.
      Avec le recul, je pense que le fait d’en parler, de l’aider à en parler, permettait de lui montrer que je prenais en compte sa peur (empathie) sans pour autant dire que les monstres existaient dans la vraie vie. Je reconnaissais sa peur mais elle voyait bien que moi j’avais pas peur du tout car Bob est dans un dessin animé et c’est une peluche comme doudou. ça lui permettait de raisonner et donc de baisser sa crainte.

      Ce genre de conversation fonctionne avec des enfants qui sont dans le verbal comme ma fille, avec les autres il faut trouver d’autres trucs, d’autres jeux.
      Par exemple le spray anti-monstres mais encore une fois il faut être dans le jeu pour que ne pas produire l’effet inverse (renforcer sa peur des monstres). Pour montrer qu’on est dans le jeu, on le fait en prenant une attitude loufoque, un ton de voix rigolo, etc. en faisant en sorte de provoquer le sourire ou le rire de nos enfants et en les faisant participer à la chasse aux monstres par exemple.

      La peur des monstres peut aussi cacher la peur de se séparer de nous pour la nuit, l’envie de passer plus de temps avec nous, etc.
      Et je pense que le jeu est d’une grande aide pour chercher ce qui fait vraiment peur à nos enfants et justement passer plus de temps avec eux au moment où ils en ont besoin… On les réconforte, on leur montre qu’on comprend leur peur mais qu’il y a une différence entre le jeu et la réalité et c’est plus facile de leur faire comprendre cette différence justement grâce au jeu.

      Merci encore 😉
      Ceile

  3. Cécile

    Merci pour ta réponse, ça me donne des pistes ! J’ai lu Playful parenting il y a un moment et j’adhère beaucoup sur le principe… mais au quotidien c’est pas toujours simple à mettre en place.
    Ce qui me vient spontanément quand on parle de jeux c’est le chahut mais mon fils aîné ne supporte pas ça, du coup je suis parfois assez démuni (heureusement il a un grand sens de l’humour donc ça aide quand même). Bref, heureusement qu’il y a des ressources comme ton blog pour m’inspirer 😉

    Et en restant dans la peur des monstres, je suis tombée sur cet article ce matin, où il y a des idées sur ce thème : http://happyhooligans.ca/stop-kids-afraid-bedtime-monsters/ Je partage 😉

    1. Cécile

      Merci Cécile 😉 Playful parenting est bien sûr mon petit favori, et puis chacun peut laisser libre court à son imagination pour trouver un jeu ou une attitude ludique qui marche avec ses enfants. Si ton fils n’aime pas chahuter, ce n’est pas bien grave, vous pouvez vous retrouver sur d’autres terrains qui correspondent plus à sa personnalité, jeux de mots, jeu imaginatif, etc. et de temps en temps le pousser un peu sur des jeux un peu physiques pour qu’il puisse se défouler, prendre confiance en lui. Merci pour le partage de l’article sur les monstres 🙂

  4. Nathalie

    Bonjour tout le monde et Cécile,

    Oh Merci pour ton site si précieux et l’énergie gratuite que tu places pour faire bénéficier les parents en recherche de tes connaissances et experiences. En tout cas tout cela m’aide beaucoup. Je suis séparée du papa depuis 4 ans et seule avec mes enfants de 4 et 6 ans dans un souci d’éducation respectueuse et parfois je me sens dépourvue, vide et bien seule malgré les informations que j’ai recueuillies après toutes ces années. Dans le concret ce n’est pas tjs si simple. Ma plus grande problématique c’est la gestion des confilits entrre frères et soeurs, c’est le manque de respect que ma fille me montre avec une certaine “arrogance” du matériel et des autres (pas de bonjour ou aurevoir par ex et un ton pas sympa pour répondre à mes ami(e)s,…), et les angoisses de ma fille à ne pas vouloir s’endormir seule car elle a des imaginations (la maison brule, qqn rentre et vient la prendre, je pars en voiture et l’abandonne…) et lorsque je viens de passer ma journée à donner le meilleure de moi avec eux, de rester un temps certain à l’accompagner dans son endormissement, … j’aspire le soir à me retrouver seule et me ressourcer, je n’ai plus rien à donner, plus de patience et je M”ENNERVE contre elle en sortant les pires horreurs que je regrette l’instant d’après. Alors si tu as quelques conseils à m’offrir je t’en remercie d’avance. ET MERCI ENCORE POUR TOUT CE QUE TU FAIS POUR TES ENFANTS ET LES ENFANTS DES AUTRES; Je profite de cette occasion en PS pour te diriger vers la revue FANETTE ET FILIPPIN pour les enfants de 3 à 10 ans qui parait à chaque nouvelle saison pleine de magniiiques histoires, poèmes, jeux, recettes de cuisine… autour de la NATURE ET DE LA SAISON. C’est un merveilleux magazine dans lequel j’ai la chance d’écrire des fables et poèmes. Je le vends egalement. Lien sur site http://nathalie-valette-contes.weebly.com/le-journal-de-fanette-et-filipin.html. Tu y trouveras egalement le livre que j’ai ecris pour les enfants sur “comment pousse les fleurs” à travers un conte ludique. Voilà, belle journée et à tout bientot. NATHALIE

    1. Cécile

      Bonjour Nathalie, merci de ton commentaire.
      ton témoignage me touche parce que c’est un vrai challenge d’être une maman seule avec ses enfants, je comprends parfaitement que tu ressentes ce que tu décris.
      Même si jouer est pour moi le meilleur moyen de tisser des relations fortes avec nos enfants, être à l’écoute et les aider à gérer leurs émotions demande d’être soi-même disponible et c’est impossible de l’être à 100% de notre temps.
      Nous aussi, nous avons besoin de soutien pour gérer nos propres émotions. Je crois que le meilleur conseil que je pourrais te donner est de ne pas rester isolée, de chercher quelqu’un avec qui tu pourrais parler de tes difficultés. Quelqu’un avec qui tu puisses échanger, une amie, une personne de ton entourage ou peut-être une autre maman dont les enfants sont dans la même école que les tiens, ou un groupe de mamans près de chez toi. Cela te permettrait de te soulager, de prendre un peu de recul, de voir que d’autres personnes vivent aussi des difficultés et de retrouver l’énergie nécessaire aider tes enfants tout en préservant ta santé.
      Peut-être aussi trouver un membre de ta famille à qui tu peux confier tes enfants de temps en temps pour souffler…
      Bon courage à toi 😉
      Cecile

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